Du beta-test à l’intégration : comment la vigne adopte la robotique
Animée par Florent Georges, agriculteur et vice-président chargé des affaires agricoles de GOFAR, cette session a clôturé la journée de témoignages sur les usages de la robotique agricole. Deux robots ont été au cœur des échanges : le Pellenc RX20, testé en conditions réelles sur des vignobles aux profils très différents — grand domaine languedocien, vignes étroites du Médoc, parcelles de Cuma sarthoise — et le Naïo TED, utilisé depuis quatre saisons dans une pépinière d'arbres fruitiers à Béziers. Des retours d'expérience qui partagent une même leçon : l’utilisation d'un robot ne s'improvise pas. Une intégration réussie, ça se construit.
Naïo TED en pépinière : quatre saisons pour s'adapter, construire et avoir un système optimisé
Sébastien Viguier est pépiniériste à Bézier, troisième génération, spécialisé dans la production d'arbres fruitiers et l'obtention variétale. Il utilise le robot TED de Naïo depuis quatre saisons et commence la cinquième.
Il a opté pour la robotique par conviction d'abord — "dans ce métier, la recherche et l'innovation, c'est l'avenir" — et par nécessité ensuite. Le désherbage en pépinière est une tâche ingrate, difficile à confier à du personnel et pourtant indispensable : avant le robot, Sébastien réalisait entre cinq et sept désherbages chimiques par an. "À l'heure actuelle, au bout de la quatrième année, sur mes premières pousses, je suis à zéro désherbage chimique."
Il n'a pas cherché à comparer les robots disponibles sur le marché. C'est son distributeur, T3M Lavail (distributeur Naïo dans le sud-ouest), qui lui a proposé d'essayer le TED. Il l'a testé, adopté et n'a pas regardé ailleurs. Ce que ce parcours illustre, c'est l'importance cruciale de la relation avec le distributeur dans un secteur où la prise de décision reste difficile sans mise en situation réelle.
La première saison a été consacrée à la prise en main et à l'adaptation des outils. Le TED est livré avec des outils standards, mais les particularités de la pépinière ont rapidement imposé des modifications: les plantations sont à 1,60 m, la cartographie des cultures annuelles doit être refaite chaque année, besoin de travailler tout le rang et pas seulement les 30-40 cm au pied de l'arbre. Sébastien a monté ses propres intercepts électriques, ajouté des dents, conservé ses disques. "J'ai fait mon montage petit à petit." Cent heures la première année, 150 heures la deuxième et en quatrième saison, plus de 300 heures avec deux salariés dédiés à la conduite du robot. "Je n'ai plus besoin de m'en occuper moi."
La progression est nette : "Troisième année, on commence à bien maîtriser. On adapte la culture, l'irrigation, on met en place les tournières." Ce n'est pas seulement le robot qui évolue, c'est l'ensemble du système cultural qui se réorganise autour de lui. Aujourd'hui, le TED travaille 700 000 arbres sur une année, à raison de 3 à 3,5 hectares par jour, soit 60 à 70 000 arbres au pied quotidiennement.
Le retour économique estimé : environ 20 000 € d'économie de main-d'œuvre par an, auxquels s'ajoutent 10 000 € de produits chimiques supprimés, sans compter le carburant du tracteur. Mais comme chez d'autres intervenants de la journée, la main-d'œuvre économisée n'a pas été supprimée, elle a été redirigée vers l’amélioration de la qualité des arbres. "Je ne l'ai pas économisé parce que je fais autre chose avec." Et le bénéfice agronomique est lui aussi palpable : "On travaille beaucoup plus la terre, beaucoup plus régulièrement, et du coup le végétal pousse mieux."
Ce qui a peut-être le mieux résumé le chemin parcouru, c'est la réaction des salariés. Sceptiques au départ — "au début, ils ont eu du mal à accepter le robot, ils m'ont dit on n'aura plus de travail" — ils en sont aujourd'hui à demander eux-mêmes à l'utiliser. "Des fois quand on arrive sur des parcelles où les hommes passent devant à travailler, ils me disent : tu peux pas mettre un petit coup de robot, c'est plus facile."
Pellenc RX20 : un robot qui s'adapte à plusieurs contextes
Un grand domaine en Languedoc : vers une flotte de robots
Stéphane Verdaime, responsable technique de Pellenc SAS, a accompagné un client bêta-testeur sur un domaine de 200 hectares de vignes dans la plaine entre les Corbières et le Minervois, dont 130 à 140 hectares potentiellement robotisables. L'hiver et le début du printemps ont été consacrés au travail du sol et au désherbage mécanique sous le rang sur 120 hectares. La fin de printemps a été l'occasion d'un test de tonte, en maitrisant la hauteur de l'herbe pour éviter qu'elle ne bloque les cadres quand elle est trop haute. À l'automne, une mission de 20 hectares a été lancée en deux jours pour valider l'ensemble des améliorations apportées entre-temps par le constructeur.
L'objectif du client est clair : faire travailler le robot en flotte, "au minimum deux, peut-être trois robots". La raison est autant agronomique qu'humaine. "Un chauffeur, quand il fait du désherbage mécanique, s'il est un peu distrait ou s'il tourne un peu la tête, il n'est pas centré dans le rang. Un robot, lui, est toujours centré." Et face à la difficulté croissante de recruter et de fidéliser des chauffeurs, la logique s'impose : "Le peu de chauffeurs qui vont rester dans les domaines feront des tâches plus délicates, là où l'œil humain a besoin d'être. Tout ce qui sera sans valeur ajoutée sera fait par des robots. C'est évident."
Vignes étroites en Médoc : le robot pour préserver la structure du sol
Clément Cazeau, distributeur chez Pellenc Bordeaux Charentes, a conduit son beta-test sur une trentaine d'hectares de vignes étroites à 1,50 m d'inter-rang dans le secteur du Médoc. L'usage était exclusivement la tonte, une attente forte du client, dont les enjambeurs creusent des ornières dans le sol argileux, rendant tout passage ultérieur difficile voire impossible. "Le robot a été amené pour gérer toute cette surface de tonte."
Consommation relevée : entre 2 et 2,5 litres à l'heure. Ce test a aussi permis d'affiner les contraintes spécifiques aux vignes étroites : "Les vieux pieds, la forme des pieds, l'épaisseur de palissage, les vignes qui terminent en pointe" autant de particularités qui ont nourri le travail de développement sur la génération de missions et le guidage.
Une Cuma en Sarthe : tester la mutualisation
Pierre Pichet, animateur agroéquipement à l'Union des Cuma des Pays de la Loire, a porté l'essai dans le cadre du projet européen Azimut, auprès d'une Cuma du Sud-Sarthe regroupant des vignerons aux pratiques variées : bio et non bio, sols travaillés et non travaillés, avec et sans pentes. L'objectif n'était pas de tester le robot dans un contexte idéal, mais de l'éprouver "jusqu'au bout" dans des conditions représentatives d'une Cuma : plusieurs producteurs, plusieurs parcelles, plusieurs types de terres.
Le choix du RX20 tenait à sa compacité et à sa maniabilité, particulièrement adaptées aux vignes centenaires qui "ne sont pas forcément plantées au GPS" et dont les rangs peuvent présenter des courbures. Sa capacité à abaisser l'arceau de sécurité pour le charger dans un fourgon a été soulignée comme un avantage logistique décisif pour le modèle Cuma.
L'organisation a démarré par une réunion collective : qui veut le tester ? Puis Ludovic Patte, le distributeur local - LVVD, a conduit l'arpentage parcelle par parcelle, accompagné de Pierre. "Selon la longueur de la parcelle et le parallélisme des rangs, on reprenait parfois l'arpentage au milieu du rang pour que le robot puisse se repérer." Une étape cruciale, qui conditionne tout le reste.
Un protocole bien rodé qui commence par l'arpentage de la parcelle
L'arpentage est l'un des éléments clés pour garantir que le robot reste dans la parcelle. "Quand on arpente la parcelle, on arpente d'abord le contour, puis les rangs, les allées, les zones d'exclusion." répond Clément Cazeau. Ce geofencing, développé en partenariat avec Agriculture Intelligence, lui garantit que le robot évolue dans un espace connu et sécurisé, indépendamment des capteurs de sécurité embarqués (LIDAR, détection d'obstacles). Ainsi, le robot ne dépasse pas les limites virtuelles définies lors de cette étape et ne peut pas s'approcher à moins d'un mètre des clôtures ou bordures de parcelle.
Sur le terrain, la mise en œuvre chez le client de Stéphane Verdaime a suivi un protocole rodé : un salarié dédié au robot l'amenait chaque matin à la parcelle, sélectionnait la mission dans l'application, lançait le robot et vaquait à d'autres tâches dans le vignoble.
Points forts et limites du RX20 : les trois témoins concordent
Les retours convergent sur plusieurs points forts : la compacité et le poids du RX20, la facilité de transport, la consommation raisonnable, autour de 1,5 à 1,8 litre à l'heure selon les outils et les conditions. "Il est capable de monter dans de fortes pentes. C'était vraiment intéressant", note Pierre Pichet, qui souligne aussi l'apport du moteur thermique trois cylindres couplé à la génératrice électrique pour les situations exigeantes.
Les limites, elles, se rejoignent également. Sur terrain gras, en pente avec tournière en dévers, si le robot glisse de plus d'une dizaine de centimètres hors de sa ligne, il s'arrête et attend une intervention humaine. Les ornières liées à l'argile peuvent perturber le cap. Et les vignes insuffisamment relevées ralentissent l'avancement en déclenchant les LIDAR. Ce sont, comme le résume Florent Georges, "des aléas assez communs dans l'environnement agricole".
La question économique : location plutôt qu'achat ?
Sur la rentabilité, Stéphane Verdaime formule une proposition qui fait écho à la réalité du marché : "Les robots d'aujourd'hui ne seront pas les mêmes dans trois ou quatre ans. La location permet d’étaler l’investissement sur trois ans à travers les loyers, tout en assurant un renouvellement vers des technologies toujours à jour." Une logique qui évite de se retrouver avec un matériel obsolète encore après plusieurs années d'amortissement devant lui. Pour la Cuma, l'annonce de la disponibilité d'une formule de location chez Pellenc a été, selon Pierre Pichet, "un soulagement", un pas pour s'engager dans l'activité sans investissements trop lourds dès le départ. Clément Cazeau, lui, observe que le prix n'est pas le premier frein exprimé par les clients : ce sont plutôt la méconnaissance de la technologie et l'appréhension de la complexité que les démonstrations permettent progressivement de lever.
De la promesse à la réalité terrain : le vrai défi de l’intégration
Ces témoignages confirment une tendance de fond : la robotique viticole n'est plus un sujet de prospective. Il s’agit d’un outil réel, avec ses forces et ses limites, qui demande une intégration réfléchie.
L'arpentage est un point essentiel. Il demande du temps, de la rigueur, une connaissance fine des parcelles, c'est souvent le distributeur qui le prend en charge et sa proximité avec l'exploitant devient un facteur clé de succès.
La montée en compétence est progressive et non négociable. Sébastien Viguier a mis quatre ans à pleinement optimiser son système. Les beta-testeurs du RX20 ont ajusté leurs missions, leurs vitesses, leurs tournières au fil des saisons. "Ce n'est pas parce qu'on a un robot que ça y est, on a tout gagné. Il y a énormément de travail."
Enfin, la question de la mutualisation en Cuma reste ouverte. Le modèle existe, l'envie est là, mais l'organisation des chantiers entre plusieurs producteurs sur plusieurs parcelles est un défi spécifique que ni le robot ni son logiciel ne résolvent seuls. C'est un chantier humain autant que technique et probablement l'un des prochains fronts de développement du secteur.
Le 31/03/2026
Du beta-test à l’intégration : comment la vigne adopte la robotique
Animée par Florent Georges, agriculteur et vice-président chargé des affaires agricoles de GOFAR, cette session a clôturé la journée de témoignages sur les usages de la robotique agricole. Deux robots ont été au cœur des échanges : le Pellenc RX20, testé en conditions réelles sur des vignobles aux profils très différents — grand domaine languedocien, vignes étroites du Médoc, parcelles de Cuma sarthoise — et le Naïo TED, utilisé depuis quatre saisons dans une pépinière d'arbres fruitiers à Béziers. Des retours d'expérience qui partagent une même leçon : l’utilisation d'un robot ne s'improvise pas. Une intégration réussie, ça se construit.
Naïo TED en pépinière : quatre saisons pour s'adapter, construire et avoir un système optimisé
Sébastien Viguier est pépiniériste à Bézier, troisième génération, spécialisé dans la production d'arbres fruitiers et l'obtention variétale. Il utilise le robot TED de Naïo depuis quatre saisons et commence la cinquième.
Il a opté pour la robotique par conviction d'abord — "dans ce métier, la recherche et l'innovation, c'est l'avenir" — et par nécessité ensuite. Le désherbage en pépinière est une tâche ingrate, difficile à confier à du personnel et pourtant indispensable : avant le robot, Sébastien réalisait entre cinq et sept désherbages chimiques par an. "À l'heure actuelle, au bout de la quatrième année, sur mes premières pousses, je suis à zéro désherbage chimique."
Il n'a pas cherché à comparer les robots disponibles sur le marché. C'est son distributeur, T3M Lavail (distributeur Naïo dans le sud-ouest), qui lui a proposé d'essayer le TED. Il l'a testé, adopté et n'a pas regardé ailleurs. Ce que ce parcours illustre, c'est l'importance cruciale de la relation avec le distributeur dans un secteur où la prise de décision reste difficile sans mise en situation réelle.
La première saison a été consacrée à la prise en main et à l'adaptation des outils. Le TED est livré avec des outils standards, mais les particularités de la pépinière ont rapidement imposé des modifications: les plantations sont à 1,60 m, la cartographie des cultures annuelles doit être refaite chaque année, besoin de travailler tout le rang et pas seulement les 30-40 cm au pied de l'arbre. Sébastien a monté ses propres intercepts électriques, ajouté des dents, conservé ses disques. "J'ai fait mon montage petit à petit." Cent heures la première année, 150 heures la deuxième et en quatrième saison, plus de 300 heures avec deux salariés dédiés à la conduite du robot. "Je n'ai plus besoin de m'en occuper moi."
La progression est nette : "Troisième année, on commence à bien maîtriser. On adapte la culture, l'irrigation, on met en place les tournières." Ce n'est pas seulement le robot qui évolue, c'est l'ensemble du système cultural qui se réorganise autour de lui. Aujourd'hui, le TED travaille 700 000 arbres sur une année, à raison de 3 à 3,5 hectares par jour, soit 60 à 70 000 arbres au pied quotidiennement.
Le retour économique estimé : environ 20 000 € d'économie de main-d'œuvre par an, auxquels s'ajoutent 10 000 € de produits chimiques supprimés, sans compter le carburant du tracteur. Mais comme chez d'autres intervenants de la journée, la main-d'œuvre économisée n'a pas été supprimée, elle a été redirigée vers l’amélioration de la qualité des arbres. "Je ne l'ai pas économisé parce que je fais autre chose avec." Et le bénéfice agronomique est lui aussi palpable : "On travaille beaucoup plus la terre, beaucoup plus régulièrement, et du coup le végétal pousse mieux."
Ce qui a peut-être le mieux résumé le chemin parcouru, c'est la réaction des salariés. Sceptiques au départ — "au début, ils ont eu du mal à accepter le robot, ils m'ont dit on n'aura plus de travail" — ils en sont aujourd'hui à demander eux-mêmes à l'utiliser. "Des fois quand on arrive sur des parcelles où les hommes passent devant à travailler, ils me disent : tu peux pas mettre un petit coup de robot, c'est plus facile."
⇒ Regardez le replay ici
Découvrez Ted en démo - vidéo en anglais
Pellenc RX20 : un robot qui s'adapte à plusieurs contextes
Un grand domaine en Languedoc : vers une flotte de robots
Stéphane Verdaime, responsable technique de Pellenc SAS, a accompagné un client bêta-testeur sur un domaine de 200 hectares de vignes dans la plaine entre les Corbières et le Minervois, dont 130 à 140 hectares potentiellement robotisables. L'hiver et le début du printemps ont été consacrés au travail du sol et au désherbage mécanique sous le rang sur 120 hectares. La fin de printemps a été l'occasion d'un test de tonte, en maitrisant la hauteur de l'herbe pour éviter qu'elle ne bloque les cadres quand elle est trop haute. À l'automne, une mission de 20 hectares a été lancée en deux jours pour valider l'ensemble des améliorations apportées entre-temps par le constructeur.
L'objectif du client est clair : faire travailler le robot en flotte, "au minimum deux, peut-être trois robots". La raison est autant agronomique qu'humaine. "Un chauffeur, quand il fait du désherbage mécanique, s'il est un peu distrait ou s'il tourne un peu la tête, il n'est pas centré dans le rang. Un robot, lui, est toujours centré." Et face à la difficulté croissante de recruter et de fidéliser des chauffeurs, la logique s'impose : "Le peu de chauffeurs qui vont rester dans les domaines feront des tâches plus délicates, là où l'œil humain a besoin d'être. Tout ce qui sera sans valeur ajoutée sera fait par des robots. C'est évident."
Vignes étroites en Médoc : le robot pour préserver la structure du sol
Clément Cazeau, distributeur chez Pellenc Bordeaux Charentes, a conduit son beta-test sur une trentaine d'hectares de vignes étroites à 1,50 m d'inter-rang dans le secteur du Médoc. L'usage était exclusivement la tonte, une attente forte du client, dont les enjambeurs creusent des ornières dans le sol argileux, rendant tout passage ultérieur difficile voire impossible. "Le robot a été amené pour gérer toute cette surface de tonte."
Consommation relevée : entre 2 et 2,5 litres à l'heure. Ce test a aussi permis d'affiner les contraintes spécifiques aux vignes étroites : "Les vieux pieds, la forme des pieds, l'épaisseur de palissage, les vignes qui terminent en pointe" autant de particularités qui ont nourri le travail de développement sur la génération de missions et le guidage.
Une Cuma en Sarthe : tester la mutualisation
Pierre Pichet, animateur agroéquipement à l'Union des Cuma des Pays de la Loire, a porté l'essai dans le cadre du projet européen Azimut, auprès d'une Cuma du Sud-Sarthe regroupant des vignerons aux pratiques variées : bio et non bio, sols travaillés et non travaillés, avec et sans pentes. L'objectif n'était pas de tester le robot dans un contexte idéal, mais de l'éprouver "jusqu'au bout" dans des conditions représentatives d'une Cuma : plusieurs producteurs, plusieurs parcelles, plusieurs types de terres.
Le choix du RX20 tenait à sa compacité et à sa maniabilité, particulièrement adaptées aux vignes centenaires qui "ne sont pas forcément plantées au GPS" et dont les rangs peuvent présenter des courbures. Sa capacité à abaisser l'arceau de sécurité pour le charger dans un fourgon a été soulignée comme un avantage logistique décisif pour le modèle Cuma.
L'organisation a démarré par une réunion collective : qui veut le tester ? Puis Ludovic Patte, le distributeur local - LVVD, a conduit l'arpentage parcelle par parcelle, accompagné de Pierre. "Selon la longueur de la parcelle et le parallélisme des rangs, on reprenait parfois l'arpentage au milieu du rang pour que le robot puisse se repérer." Une étape cruciale, qui conditionne tout le reste.
Plus d'info sur l'essai de la CUMA ici
Un protocole bien rodé qui commence par l'arpentage de la parcelle
L'arpentage est l'un des éléments clés pour garantir que le robot reste dans la parcelle. "Quand on arpente la parcelle, on arpente d'abord le contour, puis les rangs, les allées, les zones d'exclusion." répond Clément Cazeau. Ce geofencing, développé en partenariat avec Agriculture Intelligence, lui garantit que le robot évolue dans un espace connu et sécurisé, indépendamment des capteurs de sécurité embarqués (LIDAR, détection d'obstacles). Ainsi, le robot ne dépasse pas les limites virtuelles définies lors de cette étape et ne peut pas s'approcher à moins d'un mètre des clôtures ou bordures de parcelle.
Sur le terrain, la mise en œuvre chez le client de Stéphane Verdaime a suivi un protocole rodé : un salarié dédié au robot l'amenait chaque matin à la parcelle, sélectionnait la mission dans l'application, lançait le robot et vaquait à d'autres tâches dans le vignoble.
Points forts et limites du RX20 : les trois témoins concordent
Les retours convergent sur plusieurs points forts : la compacité et le poids du RX20, la facilité de transport, la consommation raisonnable, autour de 1,5 à 1,8 litre à l'heure selon les outils et les conditions. "Il est capable de monter dans de fortes pentes. C'était vraiment intéressant", note Pierre Pichet, qui souligne aussi l'apport du moteur thermique trois cylindres couplé à la génératrice électrique pour les situations exigeantes.
Les limites, elles, se rejoignent également. Sur terrain gras, en pente avec tournière en dévers, si le robot glisse de plus d'une dizaine de centimètres hors de sa ligne, il s'arrête et attend une intervention humaine. Les ornières liées à l'argile peuvent perturber le cap. Et les vignes insuffisamment relevées ralentissent l'avancement en déclenchant les LIDAR. Ce sont, comme le résume Florent Georges, "des aléas assez communs dans l'environnement agricole".
La question économique : location plutôt qu'achat ?
Sur la rentabilité, Stéphane Verdaime formule une proposition qui fait écho à la réalité du marché : "Les robots d'aujourd'hui ne seront pas les mêmes dans trois ou quatre ans. La location permet d’étaler l’investissement sur trois ans à travers les loyers, tout en assurant un renouvellement vers des technologies toujours à jour." Une logique qui évite de se retrouver avec un matériel obsolète encore après plusieurs années d'amortissement devant lui. Pour la Cuma, l'annonce de la disponibilité d'une formule de location chez Pellenc a été, selon Pierre Pichet, "un soulagement", un pas pour s'engager dans l'activité sans investissements trop lourds dès le départ. Clément Cazeau, lui, observe que le prix n'est pas le premier frein exprimé par les clients : ce sont plutôt la méconnaissance de la technologie et l'appréhension de la complexité que les démonstrations permettent progressivement de lever.
⇒ Regardez le replay ici
Découvrez le RX20 en démo
De la promesse à la réalité terrain : le vrai défi de l’intégration
Ces témoignages confirment une tendance de fond : la robotique viticole n'est plus un sujet de prospective. Il s’agit d’un outil réel, avec ses forces et ses limites, qui demande une intégration réfléchie.
L'arpentage est un point essentiel. Il demande du temps, de la rigueur, une connaissance fine des parcelles, c'est souvent le distributeur qui le prend en charge et sa proximité avec l'exploitant devient un facteur clé de succès.
La montée en compétence est progressive et non négociable. Sébastien Viguier a mis quatre ans à pleinement optimiser son système. Les beta-testeurs du RX20 ont ajusté leurs missions, leurs vitesses, leurs tournières au fil des saisons. "Ce n'est pas parce qu'on a un robot que ça y est, on a tout gagné. Il y a énormément de travail."
Enfin, la question de la mutualisation en Cuma reste ouverte. Le modèle existe, l'envie est là, mais l'organisation des chantiers entre plusieurs producteurs sur plusieurs parcelles est un défi spécifique que ni le robot ni son logiciel ne résolvent seuls. C'est un chantier humain autant que technique et probablement l'un des prochains fronts de développement du secteur.