Le 03/03/2026
Financer sa solution robotique agricole : les clés pour y voir clair
Retour sur l'atelier du Field Day France animé par Pierre Compère - Directeur Conseil-Innovation (Explicite Conseil), avec Bruno Delpic - Référent AGILOR (Crédit Agricole Toulouse 31), Maxime Gautier - Team Leader en Financement de la Transition Agricole (Leyton) et Florent Georges (agriculteur et animateur FD CUMA du Gers).
L'intégration d'un robot dans une exploitation agricole représente un investissement conséquent. Pour aider les agriculteurs à y voir plus clair, un atelier dédié aux sources de financement lors du Field Day France a réuni praticiens, experts et agriculteurs autour de trois grandes pistes : l'emprunt bancaire, les dispositifs fiscaux liés à la R&D, et les réflexions émergentes sur l'usage plutôt que la possession.
Agilor, l'offre Crédit Agricole dédiée au matériel agricole
Premier réflexe naturel face à un investissement important : se tourner vers sa banque. Bruno Delpic, référent Agilor au Crédit Agricole Toulouse 31, a présenté ce dispositif de financement dédié au matériel agricole, robots compris : le dispositif Agilor.
"L'idée d'Agilor, de ce système de financement, c'est la souplesse, la rapidité de mise en place des décisions. Aujourd'hui, nous sommes dans des délais allant de 1 heure à 48 heures." — Bruno Delpic
Qu'est-ce qu'Agilor ?
Agilor est une offre de financement à moyen terme développée par le Crédit Agricole il y a une trentaine d'années. Elle se distingue par :
- Une durée de remboursement flexible : de 2 à 7 ans (voire jusqu'à 10 ans selon le matériel)
- Une grande souplesse de périodicité : remboursement annuel, semestriel, trimestriel ou mensuel, avec possibilité de décaler la première annuité
- Une rapidité de réponse remarquable : entre 1 heure et 48 heures grâce à des outils d'aide à la décision automatisés
- Un taux fixe : à titre indicatif, environ 3,75 % pour un emprunt sur 7 ans au moment de l'atelier
- Un parcours entièrement dématérialisable, de la demande à la signature électronique
Comment y accéder ?
La particularité d'Agilor, c'est que la demande de financement s'effectue directement chez le concessionnaire et non en agence bancaire. Ce dernier, s'il est conventionné avec le Crédit Agricole, peut saisir la demande, définir les modalités avec le client et obtenir un accord quasi immédiat.
"Beaucoup de clients agriculteurs préfèrent se diriger vers un concessionnaire affilié Agilor, parce qu'ils savent que c'est souple et rapide." — Bruno Delpic
Conditions d'éligibilité : être client du Crédit Agricole et disposer d'une capacité de remboursement suffisante. Le point de départ conseillé : en discuter avec son conseiller bancaire et son comptable avant même de pousser la porte d'un concessionnaire.
Et pour les achats collectifs ?
Bonne nouvelle pour les CUMA et autres structures collectives : Agilor est accessible à toutes les formes juridiques (GAEC, SARL, CUMA, entreprises individuelles). En cas d'acquisition en copropriété à deux ou trois acquéreurs, chaque entité monte son propre dossier de financement, articulés les uns avec les autres.
À noter également : certains constructeurs ou concessionnaires participent au paiement des intérêts pour faire baisser le coût total du crédit, un levier de négociation à ne pas négliger.
Le conseil de Bruno Delpic avant de se lancer : "En parler d'abord avec son conseiller et son comptable, pour bien dimensionner le projet."
Le crédit d'impôt recherche : une piste sous-estimée en agriculture
Maxime Gautier, du cabinet Leyton, spécialiste du financement de l'innovation, a ouvert une perspective moins connue des agriculteurs : le Crédit d'Impôt Recherche (CIR).
"Il n'existe pas aujourd'hui de dispositif national spécifique pour un exploitant agricole qui souhaite acquérir un robot." — Maxime Gautier
Des subventions classiques limitées pour les agriculteurs
Sur les aides et subventions directes à l'acquisition de matériel robotique, le constat est sans détour : à date, il n'existe pas de dispositif national spécifique pour les exploitants agricoles souhaitant acheter un robot. Les aides régionales (cofinancées parfois par l'Agence de l'eau ou les fonds européens) restent la piste principale à explorer avec son comptable, sa chambre d'agriculture ou sa coopérative.
Les dispositifs BPI France, eux, s'adressent plutôt aux coopératives, négoces ou constructeurs impliqués dans le développement de solutions innovantes.
"La Cour des comptes a recommandé l'an dernier de mieux déployer le crédit d'impôt recherche en agriculture, reconnaissant que des connaissances émergent d'initiatives individuelles d'agriculteurs." — Maxime Gautier
Le CIR : reconnaître l'agriculteur comme acteur de R&D
Le Crédit d'Impôt Recherche permet de récupérer 30 % des dépenses engagées en recherche et développement, sous forme de crédit d'impôt. Il s'adresse aux structures imposables à l'impôt sur les sociétés (les régimes micro-BA en sont exclus).
Mais en quoi un agriculteur ferait-il de la R&D ? La réponse tient dans la notion de "paysan chercheur" : lorsqu'un agriculteur intègre un matériel innovant dont il existe peu de retours d'expérience, qu'il expérimente, documente et contribue à la création de nouvelles connaissances, il s'inscrit dans une démarche qui peut répondre aux cinq critères d'éligibilité du CIR.
"Ce qu'on appelle le paysan chercheur, c'est quelqu'un qui ne se contente pas d'utiliser la technologie, mais qui contribue à faire avancer les connaissances." — Maxime Gautier
Autre avantage : le dispositif est rétroactif sur 3 ans. Un audit technique permet d'évaluer l'éligibilité d'une exploitation sur les années 2023, 2024 et 2025.
Attention : si c'est le concessionnaire qui conduit des essais chez l'agriculteur, c'est lui qui bénéficiera du CIR, pas l'agriculteur. C'est bien l'initiative propre de l'exploitant qui détermine l'éligibilité.
Vers l'usage plutôt que la possession ?
Une question venue de la salle, posée par un représentant de la FDCUMA 31, a ouvert une réflexion plus prospective : et si le financement ne portait plus sur la possession du matériel, mais sur son usage ?
Le crédit-bail (ou "Agilor bail") existe déjà au Crédit Agricole pour le matériel agricole, à l'image du leasing automobile. Bruno Delpic confirme que cette option est de plus en plus sollicitée.
Maxime Gautier signale par ailleurs l'arrivée en 2026 d'un crédit d'impôt spécifique aux CUMA, entre 500 et 3 000 € par adhérent et par an, un signal fort de l'attention croissante des pouvoirs publics pour les modèles mutualisés.
Un investissement collectif peut également constituer une piste pertinente pour faciliter l’acquisition d’un robot. Le modèle CUMA (Coopératives d’Utilisation de Matériel Agricole) permet à plusieurs agriculteurs de mutualiser l’achat et l’usage d’un équipement. Appliqué à la robotique agricole, ce fonctionnement peut présenter plusieurs avantages :
- Réduction du risque financier individuel : le coût d’investissement est partagé, ce qui diminue la charge pour chaque exploitation et rend l’accès à la technologie plus accessible.
- Optimisation du volume d’utilisation annuel : le partage permet d’augmenter l’utilisation annuelle (nombre d’heures, hectares par an) et donc d’optimiser la rentabilité.
- Montée en compétences collective : les agriculteurs peuvent apprendre ensemble à utiliser, paramétrer et entretenir l’outil, ce qui facilite l’appropriation.
Il est recommandé de se rapprocher des fédérations départementales ou régionales de CUMA, qui peuvent accompagner la réflexion (montage du projet, étude de faisabilité, aspects juridiques et organisationnels).
Projet concret d’un utilisateur, des financements croisés
Florent Georges, animateur à la Fédération des CUMA du Gers et des Hautes-Pyrénées et agriculteur dans un GAEC familial de 150 hectares en grandes cultures biologiques et légumières, illustre parfaitement comment ces différents leviers peuvent se combiner.
Face à une exploitation où « hier on était trois, demain on sera deux, après-demain peut-être seul », la robotique apparaît comme un facteur de vivabilité autant que de rentabilité.
Son projet : introduire des robots en plein champ pour les légumes, mais aussi sous une serre photovoltaïque développée en partenariat avec Reden Solar, où une culture arboricole (avocats, clémentines, oranges) et des légumes intercalaires seront produits.
"Je ne cherche pas à faire de la recherche fondamentale, je cherche juste à résoudre mon problème" — Florent Georges
Un aveu de pragmatisme qui n'exclut pas, pour autant, d'accéder aux dispositifs d'innovation. Pierre Compère l'a souligné :
"On peut imaginer non seulement le développement technologique, mais aussi le développement opérationnel d'une offre de mutualisation d'un robot de prestation de services. On peut imaginer tout ça dans un projet de R&D." — Pierre Compère
Les sources de financement identifiées
- Agilor / Crédit Agricole : en tant que client, le financement du matériel robotique entre directement dans les cas éligibles
- Aide régionale Occitanie : cofinancée par l'Agence de l'eau et l'Europe, notamment accessible aux jeunes agriculteurs
Une problématique technique qui ouvre la voie au CIR
La serre photovoltaïque, vitrée à 50 % et couverte de panneaux, avec une arboriculture en développement, pose un vrai défi technique pour la robotique autonome : la triangulation GPS est perturbée par les structures et la végétation, rendant la précision insuffisante pour un fonctionnement sans opérateur.
"Sans prétention de faire de la recherche, mais du développement pour viabiliser cet itinéraire cultural", résume Florent Georges, une formulation qui, aux yeux de Maxime Gautier, pourrait bien remplir les critères d'éligibilité au CIR.
L'atelier a mis en lumière une réalité souvent méconnue : financer un robot agricole, c'est rarement une seule solution, mais un assemblage intelligent de leviers complémentaires. Et c'est souvent en posant les bonnes questions, à son banquier, son comptable, son concessionnaire ou un cabinet spécialisé, que les marges de manœuvre se révèlent.
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