Le 03/03/2026

Robotique agricole : ce que le terrain dit vraiment

Retour sur la session Field Day France animée par Marie-Flore Doutreleau (GOFAR), Sébastien Jalby (FDCUMA du Tarn) et Florent Georges (agriculteur et animateur FDCUMA du Gers), cet atelier a réuni un panel d'experts et d'agriculteurs représentatifs de la diversité des filières françaises. Autour de la table : Nicolas Bastien (Fermes Leader), Sylvie Nicollier (Arvalis), Thierry Massias (Chambre d'agriculture des Hautes-Pyrénées), Diane Nacouzi (CTIFL), Jean-François Larrieu (Arbonovateurs & Chambre d'agriculture de Tarn-et-Garonne), Henri Moncassin (Unicoq), Christophe Auvergne (Chambre d'agriculture de l'Hérault) et Christophe Gaviglio (IFV - Institut Français de la Vigne et du Vin).

[Multi-filières] Main-d'œuvre, désherbage, pulvérisation : trois défis transversaux

Quel que soit le secteur représenté, les mêmes grandes problématiques reviennent. Nicolas Bastien, de Fermes Leader, résume bien la situation pour les grandes cultures : les fenêtres d'intervention se réduisent, le poids des machines pèse sur les sols, et la main-d'œuvre se raréfie.

Des constats que partagent pleinement Thierry Massias, conseiller en cultures légumières à la Chambre d'agriculture des Hautes-Pyrénées, ou encore Diane du CTIFL pour l'arboriculture, qui rappelle que le coût de la récolte peut représenter jusqu'à 50 % du coût de production total.

Le désherbage concentre une attention particulière dans toutes les filières. Si des solutions existent pour l'inter-rang, le désherbage sur le rang reste un défi technique majeur, aussi bien en grandes cultures qu'en maraîchage ou en arboriculture.

La pulvérisation autonome constitue l'autre grand chantier : en viticulture notamment, Christophe Auvergne, conseiller agroéquipement à la Chambre d'agriculture de l'Hérault, insiste sur l'enjeu de réactivité face aux maladies, particulièrement dans des conditions climatiques difficiles.

« Si on peut avoir une autonomie pour travailler très rapidement jour et nuit, avec quelque chose qui soit plus léger, qui passe plus facilement, ça pourra apporter une grosse plus-value », souligne-t-il.

[Fruits à coque] Des filières spécifiques, des besoins qui se rejoignent

La filière noisette, représentée par Henri Moncassin, administrateur d'Unicoq et trésorier de sa CUMA, illustre bien cette convergence des problématiques tout en y ajoutant des contraintes propres à sa production.

Si la coopérative a d'abord intégré l'intelligence artificielle au niveau industriel, pour le tri et la sélection des noisettes, face à une dégradation de la qualité ces dernières années, les besoins au champ sont tout aussi pressants : traitements, tonte, gestion des drageons, avec une charge horaire et des besoins en personnel importants.

Henri pointe notamment un enjeu qualitatif peu connu : certains traitements doivent idéalement être réalisés pendant la période de floraison, de décembre à février, dans des conditions où il est tout simplement impossible de faire passer un tracteur.

« Peut-être que demain, une solution robotique beaucoup plus petite, avec des appareils de traitement plus légers, va permettre de faire des applications qui ont des conséquences qualitatives », anticipe-t-il.

Une illustration concrète de la façon dont la robotique légère pourrait ouvrir des fenêtres d'intervention jusqu'ici inaccessibles.

Des expérimentations en cours, des résultats encourageants

Du côté des instituts techniques, les tests se multiplient. Sylvie Nicolier, d'Arvalis, évoque les essais menés sur le désherbage mécanique en céréales à paille, sur l'inter-rang à 15 cm, ainsi que des expérimentations de semis autonome de maïs sur les Digifermes. L'objectif : évaluer non seulement la faisabilité technique mais aussi la dimension technico-économique, incontournable pour envisager un déploiement à grande échelle.

En viticulture, Christophe Gaviglio, ingénieur expérimentation à l'IFV, témoigne d'une décennie d'expérience avec les robots de désherbage. Les progrès sont réels en matière de précision et de régularité. « Contrairement à un opérateur, la machine ne se fatigue pas. À partir du moment où elle est au point, elle est extrêmement répétable », observe-t-il. Mais il pointe aussi une limite importante : le débit de chantier reste insuffisant pour garantir une rentabilité satisfaisante au regard des prix actuels des machines.

Jean-François Larrieu, animateur du groupe Arbonovateurs en Tarn-et-Garonne, apporte un éclairage intéressant sur les attentes réelles des producteurs : lorsqu'un appel à manifestation d'intérêt a été lancé en 2022 sur trois problématiques : l’automatisation du désherbage, la lutte contre les campagnols, et la robotique. C'est l'automatisation du tracteur existant qui est arrivée en tête des demandes, et non le robot autonome. Une nuance importante qui rappelle que les agriculteurs raisonnent d'abord à partir de leurs investissements actuels.

Pas une substitution, une complémentarité

La conclusion qui se dégage de cette session est peut-être la plus importante à retenir pour l'avenir de la filière. Marie-Flore Doutreleau le formule clairement : un robot n'est pas un tracteur, et vouloir les comparer est une erreur de départ. Comme le robot aspirateur n'a pas remplacé l'aspirateur traditionnel mais a créé de nouveaux usages. La robotique agricole s'inscrit dans une logique de complémentarité plutôt que de substitution pure et simple.

Les premiers utilisateurs en témoignent : le mot qui revient systématiquement, c'est “adaptation”. Aujourd’hui, ils ne feraient pas machine arrière !


Pour accompagner l’adoption des robots dans les exploitations agricoles, il est essentiel de diffuser des retours d’expérience concrets et documentés. Les agriculteurs ont besoin de références terrain, de données technico-économiques et d’exemples organisationnels pour se projeter et évaluer l’intérêt de ces technologies dans leur propre contexte.


C’est précisément la mission de GOFAR : valoriser et partager ces retours d’utilisation à travers nos actions : matchmaking entre les constructeurs et les acteurs de l’industrie, les événements FIRA & journées techniques, le GOFAR Tour, le média Agricultural Robotics News, le catalogue robotique, etc., afin de rendre visibles des cas réels d’intégration de la robotique agricole.


Regardez l'intégralité de la session en replay !


Catégories : #Filières
Auteur
  • Elisa Abreu
    GOFAR : Chargée de communication